Les comptes 2024 de l'Etat de Genève affichent un excédent de 541 millions de francs, qui est totalement affecté à la réserve budgétaire. Satisfaction du côté du Conseil d'Etat, qui restera toutefois très attentif au repli (-18,7%) de l'impôt sur les entreprises annonciateur d'un retour à la normale après deux années exceptionnelles.
Le bonus de 541 millions contraste avec le déficit de 48 millions prévu au budget 2024. L'exercice 2023 avait été marqué par un excédent record de 1,4 milliard de francs.
Le résultat est affecté à l'amortissement de la réserve budgétaire liée à la recapitalisation des caisses de prévoyance, a précisé jeudi devant la presse Nathalie Fontanet, cheffe du Département des finances. La dette diminue de 166 millions par rapport à fin 2023, pour atteindre 10,4 milliards.
L'ensemble des revenus s'élève à 11 milliards, en hausse de 6,5% par rapport au budget 2024 (+673 millions), mais en baisse de 4,2% (-481 millions) par rapport aux comptes 2023. Les revenus fiscaux sont en diminution de 359 millions, par rapport à 2023, après deux années consécutives de croissance hors normes.
L'impôt sur les personnes physiques (+272 millions par rapport au budget 2024) poursuit sa croissance. Les contribuables actifs dans les secteurs de l'horlogerie, de la finance et du commerce de gros ont perçu des revenus élevés et bénéficié de bonnes performances sur les marchés financiers, a précisé la Grande argentière.
Des pics exceptionnels
Mais par rapport aux comptes 2023, les impôts des personnes morales sont en baisse (-483 millions). Cette baisse doit toutefois être considérée comme un retour à la normale après des pics exceptionnels de revenus en 2022 et en 2023.
Les charges totales ont atteint 11 milliards de francs. Hors charges exceptionnelles liées aux amortissements, elles dépassent de 43 millions le budget (+0,4%). Les charges de personnels sont inférieures de 47 millions (-1,6%), car tous les postes prévus n'ont pas été repourvus fin 2024.
Les subventions ont été supérieures à ce qui avait été prévu, principalement pour les besoins de l'Hospice général en matière d'asile (+ 48 millions), pour les HUG et les cliniques (+19 millions), pour les soins à domicile (+10 millions) et pour les EMS (+8 millions).
Au niveau des investissements, qui s'élèvent à 660 millions de francs, l'exercice 2024 a été marqué par un taux de réalisation extrêmement élevé de 90%. L'Etat a ciblé des projets qui étaient à maturité.
Péréquation intercantonale
Selon le Conseil d'Etat, la situation financière du canton est donc bonne, comme l'atteste la note AA+ attribuée par l'agence Standard & Poor's, mais des sources d'inquiétudes demeurent. Le gouvernement s'attend à une hausse de la contribution genevoise à la péréquation financière intercantonale
Nathalie Fontanet redoute aussi les conséquences du programme d'économie de la Confédération, chiffrées grossièrement à 128 millions de pertes pour le canton. Sans compter l'imprévisibilité de la situation géopolitique internationale.
Défis structurels
Ces comptes positifs ont été accueillis sans grand enthousiasme par la gauche, qui reproche toujours au conseil d'Etat de dramatiser systématiquement la situation budgétaire afin de justifier des coupes. Le PS et les Verts.e.s veulent plus de moyens pour les prestations publiques.
Le PLR se réjouit de ces comptes positifs, mais s'inquiète de l'augmentation des dépenses. LJS appelle à ne pas se laisser aveugler par cet excédent conjoncturel, qui ne résout en rien les défis structurels. Enfin, le MCG se demande à quoi cela sert d'être assis sur un tas d'or si la population s'appauvrit.