Une ancienne employée de crèche a été condamnée jeudi à Lyon à 25 ans de réclusion pour avoir causé la mort, en 2022, d'un bébé dont elle avait la garde en lui faisant boire un produit caustique de type Destop.
La femme, 30 ans, a été condamnée par la cour d'assises du Rhône pour "torture ou actes de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner". Les jurés ont écarté la qualification de meurtre, requise par l'avocat général et qui implique l'intention de tuer.
Estimant que l'accusée avait agi "en parfaite conscience" et "lâchement retiré la vie à une enfant sans défense", l'avocat général Baptiste Godreau avait requis 30 ans de prison.
L'employée avait reconnu dès sa garde à vue avoir fait ingérer le liquide corrosif, un déboucheur de canalisation, à la petite Lisa, 11 mois, tout en niant avoir voulu la tuer. Une ligne de défense qu'elle a conservée pendant le procès, même si elle a fini par préciser le déroulé du crime.
Irritée par les pleurs
Après avoir présenté plusieurs versions, elle a admis avoir tenu la tête de l'enfant et versé le produit directement dans sa bouche. Elle ne supportait plus, selon ses explications, les pleurs de la petite fille.
"Huit minutes seule avec un enfant quand on est diplômée d'un CAP petite enfance, est-ce que c'est insurmontable ?", s'est interrogé M. Godreau, en référence au laps de temps au cours duquel s'est noué le drame. Une question "reste froidement sans réponse: pourquoi?", a lâché le magistrat dans son réquisitoire
"Quelle explication rationnelle à faire ingérer de l'acide sulfurique à une enfant ? Il n'y en pas", a répondu Me Maylis Leduc, en charge de la "très lourde tâche" de défendre l'accusée avec sa consoeur Me Julia Coppard.
"Violence pulsionnelle"
L'avocate y voit de la "violence pulsionnelle", ce qui "n'enlève en rien l'atrocité des actes". "Ce jour-là, je crois que M. est arrivée au bout de ce qu'elle pouvait donner, au maximum de ses capacités psychiques", a poursuivi Me Coppard, en reprenant les analyses des experts. Sans vouloir excuser, mais "pour comprendre".
Elle a aussi évoqué un "moment de bascule" pour une jeune employée dépassée par ce métier pour lequel elle n'a pas les compétences: "elle ne réfléchit plus, elle est déconnectée, elle passe à l'acte". L'avocate des parents de Lisa a regretté les réponses évasives de l'accusée.
Les débats, auxquels la prévenue a assisté le dos souvent voûté mais sans manifester beaucoup d'émotion, ont mis en lumière sa personnalité fragile et des capacités cognitives limitées.
A l'époque du drame, atteinte d'une surdité partielle, elle vivait encore chez ses parents après une scolarité difficile et des expériences intermittentes dans le secteur de la petite enfance. Elle est d'une "immaturité absolue", a pointé l'avocat général.
"Pas un bébé Destop"
Malgré ses failles et son manque d'expérience, elle avait été embauchée par le groupe People & Baby qui gérait la micro-crèche Danton Rêve. Le 22 juin 2022, elle était seule à l'ouverture quand le père de Lisa est venu déposer le nourrisson.
Quelques minutes plus tard, deux femmes amenant leurs fils ont trouvé l'employée en panique, et Lisa en train de vomir. Grièvement brûlée, elle est décédée en fin de matinée à l'hôpital.
Le drame a déclenché une série d'enquêtes administratives, parlementaires et journalistiques qui ont épinglé la course au rendement dans le secteur des crèches privées.
Regrets
Très éprouvés, les parents de Lisa ont souhaité ramener le débat sur la responsabilité pénale du "monstre" qui a tué leur fille, dans deux témoignages teintés d'une vive émotion.
"Je comprends la souffrance des parents, je comprends aussi leur colère", a soufflé l'accusée dans une dernière prise de parole avant que les jurés se retirent pour délibérer. "Je regrette tellement", a-t-elle martelé, assurant une dernière fois ne pas avoir voulu tuer Lisa.
Cet article a été publié automatiquement. Sources : ats / afp