Le directeur général de la maison horlogère Breitling estime que l'imposition de droits de douane par les Etats-Unis n'est pas une situation si dramatique que cela, et qu'elle devrait n'être que passagère.
Dans un secteur déjà confronté à des turbulences persistantes, le groupe entend passer le cap en se positionnant sur une gamme de prix plus étendue.
"Evidemment, les droits de douane cela n'aide pas. Toutefois, les choses ne sont jamais aussi mauvaises qu'elles le paraissent. Breitling est de toute façon préparé à cette situation et y fera face", déclare son patron Georges Kern lors d'un entretien avec l'agence AWP jeudi, au lendemain de l'annonce de la mise en place de taxes douanières de 31% sur les importations suisses par l'administration Trump.
Pour M. Kern, il n'est pas question que sa société mette en place un plan spécial ou envoie rapidement des stocks aux Etats-Unis. Le dirigeant est confiant que "les choses devront se calmer", en raison notamment des élections de mi-mandat prévues en novembre 2026.
"On ne sait pas très bien si l'administration américaine utilise ces taxes pour faire pression afin d'avoir un pouvoir de négociation ou si c'est un autre objectif", relève-t-il.
À ses yeux, les politiques menées aux Etats-Unis ont néanmoins également "des aspects très positifs". "D'une part, c'est le pays le plus résilient du monde face aux difficultés grâce à son dynamisme économique intrinsèque extrêmement fort. Et, d'autre part, j'espère que la dérégulation et la débureaucratisation qui sont en cours auront un effet d'imitation en Europe".
Le monde de l'horlogerie étant extrêmement sensible au contexte géopolitique mondial, le CEO observe que celui-ci connaît davantage de difficultés depuis 25 ans, "avec des crises intenses et courtes, après lesquelles les horlogers se sont rattrapés".
"Depuis l'invasion de l'Ukraine, il y a une baisse douce mais persistante, dans le top 10 des marques cependant, personne n'est au bord de la faillite", a affirmé M. Kern. "L'industrie du luxe, de manière générale, est quand même assez profitable, elle génère de l'argent", souligne-t-il.
Selon un rapport annuel de Morgan Stanley, Breitling figurait à la 9e place du classement des maisons horlogères suisses en 2024 en termes de ventes. Le directeur renvoie aux chiffres de ce rapport pour se faire une idée des recettes du groupe, estimées par la banque à 850 millions de francs l'an dernier, en baisse de 2%.
"Des acquisitions complémentaires"
Celui qui est à la tête de l'entreprise soleuroise depuis 2017 concède avoir eu recours aux réductions de l'horaire de travail (RHT) pour certains de ses employés, mais pas à des licenciements. "Le marché va revenir. Je ne sais pas quand mais il va revenir", assure-t-il.
"Nous avons lancé deux nouvelles marques, donc on va pouvoir remplir les usines assez rapidement", dit l'entrepreneur germano-suisse. Breitling a acquis fin 2023 la maison Universal Genève à laquelle elle compte redonner son prestige d'antan et, en mars dernier, l'horloger chaux-de-fonnier Gallet.
"Ces acquisitions sont complémentaires, Gallet se positionne en dessous de Breitling et Universal Genève au-dessus, avec ces trois marques, nous avons une gamme de prix quasi unique, que l'on peut offrir à tous les détaillants du monde. Désormais, il faut juste passer ce cap, c'est tout", expose-t-il.
En ce qui concerne l'objectif de monter en gamme, grâce à Universal Genève, M. Kern maintient que les prix des montres ne peuvent augmenter que s'il y a une valeur ajoutée.
"Lorsqu'on met un mouvement manufacture sur notre modèle Top Time B31 automatique, le prix est plus cher car c'est un mouvement technique supérieur, donc le consommateur l'accepte", illustre-t-il. Face à ceux qui affirment que le haut de gamme est le salut de l'horlogerie, le CEO rétorque que tout est en réalité une question de gestion. "On voit aussi des marques haut de gamme qui sont très mal gérées et en chute libre".
Et Breitling, au contraire, est bien positionnée, soutient son chef: "Je ne suis pas tout seul dans cette entreprise, nous sommes 2000 personnes, mais nous gagnons des parts de marché. En outre, nous sommes mieux préparés au redémarrage du secteur grâce à nos lancements prévus et à nos nouvelles marques".
La société, dont le siège social se trouve à Granges, emploie 720 personnes en Suisse.
Cet article a été publié automatiquement. Sources : ats / awp