Le puissant séisme qui a frappé vendredi la Birmanie et la Thaïlande a fait près de 150 morts dans ces deux pays et des centaines de blessés, un bilan qui devrait s'alourdir, des dizaines de personnes étant piégées sous les décombres d'un immeuble à Bangkok.
Le tremblement de terre a fait au moins 144 morts et 732 blessés en Birmanie, et provoqué d'énormes destructions, a affirmé le chef de la junte Min Aung Hlaing, prévenant que ce bilan devrait s'alourdir, dans un discours diffusé par les médias d'État. Huit personnes ont perdu la vie en Thaïlande.
Le chef de la junte birmane a lancé un rare appel à l'aide internationale, invitant "tout pays, toute organisation" à venir apporter son secours. Il a appelé au déploiement d'efforts massifs de secours, affirmant qu'il avait "ouvert toutes les voies pour l'aide étrangère".
Peu profond
Le fait que le pouvoir militaire, isolé depuis le coup d'Etat de février 2021, en appelle à l'étranger laisse craindre une catastrophe de grande ampleur.
"Dans certains endroits, des immeubles se sont effondrés", a souligné le chef de la junte après avoir visité un important hôpital de la capitale Naypiydaw.
Le séisme de magnitude 7,7, peu profond, s'est produit à 16 kilomètres au nord-ouest de la ville birmane de Sagaing vers 07h20 en Suisse (12h50 en Birmanie et 13h20 en Thaïlande) et a été suivi par une réplique de magnitude 6,4 quelques minutes après, a annoncé l'Institut géologique américain (USGS).
A Naypyidaw, où un grand défilé militaire avait lieu la veille, le sol a vibré pendant trente longues secondes, avant de se stabiliser, laissant les routes déformées et crevassées, selon des journalistes de l'AFP sur place.
Les abords de l'hôpital où s'est rendu Min Aung Hlaing a pris un air de champ de bataille, des centaines de blessés ayant afflué et été pris en charge à l'extérieur en raison des dégâts subis par le bâtiment. L'entrée des urgences s'est complètement effondrée.
"C'est une zone avec des victimes en masse", a lancé un responsable de l'établissement en intimant l'ordre aux journalistes de s'écarter. "Je n'ai jamais rien vu de tel. Nous essayons de gérer la situation", a déclaré un médecin à l'AFP, confiant son épuisement.
L'état d'urgence a été déclaré dans les six régions de Birmanie les plus affectées (Sagaing, Mandalay, Magway, le nord-est de l'Etat Shan, Naypyidaw et Bago) selon un communiqué, et des dons de sang sont nécessaires à Mandalay, Naypyidaw et Sagaing, selon un porte-parole de la junte.
Chine, Cambodge, Bangladesh, Inde
A Bangkok, à mille kilomètres de l'épicentre, la secousse a provoqué des scènes de panique. Des bureaux et des magasins ont été évacués et un immeuble de 30 étages en construction s'est écroulé dans un nuage de poussière et se transformant en quelques secondes en un tas de débris.
Huit corps ont été tirés des décombres, et entre 90 et 110 personnes demeurent disparues, avec un bilan qui risque donc de s'alourdir, a avancé le ministre de l'Inrérieur, Anutin Charnvirakul.
"Nous voyons plusieurs cadavres sous les décombres. Nous prendrons le temps de sortir les corps afin d'éviter d'autres effondrements", a-t-il déclaré aux journalistes.
"Quand je suis arrivé pour inspecter le site, j'ai entendu des gens appeler à l'aide", a raconté à l'AFP Worapat Sukthai, chef adjoint de la police du district. "Nous estimons qu'il y a des centaines de blessés mais nous sommes toujours en train de déterminer le nombre de victimes".
La France a fait évacuer par précaution les bâtiments de son ambassade, de son consulat et de ses instituts et lycées à Bangkok et proposé "son soutien dès lors que le besoin aura été exprimé".
L'Union européenne a aussi proposé une aide d'urgence à la Birmanie et à la Thaïlande. "Les satellites européens Copernicus aident déjà les secours. Nous sommes prêts à apporter un soutien supplémentaire", a indiqué sur X la présidente de la Commission Ursula von der Leyen.
La première ministre Paetongtarn Shinawatra a déclaré Bangkok en état d'urgence. Certains services de métro et de train ont été suspendus et les rues étaient remplies de banlieusards tentant de rentrer chez eux à pied ou de se mettre à l'abri dans des centres commerciaux ou bureaux. Les autorités de la ville ont indiqué que les parcs resteraient ouverts toute la nuit.
L'aéroport fonctionne normalement
Le séisme a été ressenti dans toute la région et des tremblements de terre enregistrés jusqu'en Chine, Cambodge, Bangladesh et Inde.
Dans la deuxième ville thaïlandaise, Chiang Mai (nord-ouest), destination prisée des touristes et réputée pour ses temples, Sai, âgé de 76 ans, se trouvait dans une supérette au moment du tremblement de terre. "Je me suis précipité hors du magasin avec d'autres clients", a-t-il raconté. "C'est la plus forte secousse que j'ai ressentie de toute ma vie".
"Fuyez !"
L'Inde est prête à offrir "toute l'assistance possible" à la Birmanie et à la Thaïlande, a assuré le premier ministre Narendra Modi. Le pape François s'est déclaré "profondément attristé" dans un télégramme publié par le Vatican.
Dans la province chinoise du Yunnan (sud-ouest), l'agence chinoise chargée des séismes, a enregistré une secousse de magnitude 7,9.
Des images diffusées en direct par le média d'Etat chinois Beijing News montrent une rue de la ville de Ruili, à la frontière avec la Birmanie, jonchée de débris et une dizaine de secouristes en combinaison orange, casqués, debout derrière un cordon de sécurité.
Une vidéo publiée sur Douyin, la version chinoise de TikTok, et géolocalisée par l'AFP, montre un torrent d'eau et de débris tombant du toit d'un immeuble à Ruili, et des passants qui s'enfuient dans une rue commerçante en contrebas.
Au milieu de ce chaos, la voix d'une femme crie "Vite, fuyez!".
L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a annoncé avoir déclenché son système de gestion des urgences après le séisme et la mobilisation de son centre logistique à Dubaï pour préparer les fournitures pour les blessés.
Les séismes sont relativement fréquents en Birmanie, où six tremblements de terre ayant atteint ou dépassé une magnitude de 7 se sont produits entre 1930 et 1956 près de la Faille de Sagaing, qui traverse le centre du pays du nord au sud.
La faiblesse des infrastructures, l'insuffisance de services de santé, notamment dans les zones rurales, le développement anarchique des agglomérations ont rendu la population particulièrement vulnérable en cas de catastrophe naturelle, selon les experts.